Région par région : PARTIE CENTRALE DE SUMATRA

 



Il s'agit là de deux provinces: Ouest-Sumatra et Sud-Sumatra. A Ouest-Sumatra, dont la capitale, Padang, est un port de l'océan Indien, la majeure partie des 3,5 millions d'habitants vit dans la région de montagnes et de plateaux, berceau de la société MINANGKABAU. Cette dernière est connue pour son droit coutumier matrilinéaire et pour ses rites de mariage qui donnent lieu à des cérémonies hautes en couleurs. A l'instar des ornements en or, qui les accompagnent, les riches textiles de soie produits par les MINANGKABAU selon une technique proche du songket sont d'un style parfois à la limite du clinquant. Les anciennes pièces exposées sont toutefois d'une finesse aujourd'hui en voie de disparition. Les pièces de tête portées par les femmes (tilakuang) sont l'élément le plus typique du costume traditionnel. On ne note guère d'influence indienne ou chinoise dans les motifs.
Le port fluvial de Palembang, capitale de Sud-Sumatra, est tourné vers la mer de Chine et le détroit de Malacca et situé prés du cœur présumé du royaume Shrivijaya (Vlle au XIIIe s. après J.-C.), qui étendit sa puissance maritime sur Sumatra, sur la péninsule malaise, jusqu'au Cambodge et aux côtes de Chine. Ce fut le premier âge d'or de la civilisation indonésienne. L'ancienne imprégnation de cette région par diverses influences culturelles (Chine, Inde, et même monde arabe) ne fait aucun doute.


L'art textile de Sud-Sumatra est caractérisé par la finesse de ses ikat sur soie, importée ou cultivée dans les collines de l'arrière-pays, par la richesse de ses brocarts (songket, technique dont on dit qu'elle s'est répandue avec l'islam) ainsi que par les motifs patola, d'origine indienne, et naga, d'origine chinoise (comme les broderies en soie). Dans l'île de Bangka, les selendang sont seulement "ikatés". C'est à l'Inde également que l'on doit les textiles faisant appel aux techniques du tritik et du pelangi, qui furent longtemps importés avant d'être teints sur place.
L'usage des riches sarong et selendang de Palembang, utilisés rituellement pour les mariages, se poursuit, bien qu'il reste réservé à la bourgeoisie locale en raison de leur coût; en effet, en ville, les femmes ne tissent plus et ces textiles doivent désormais être achetés, souvent à prix d'or.


GEORGES BREGUET / JACQUES MARTIN ©