B A L I

Galerie photos des tissus en fin texte

 

Bali, la plus occidentale des petites îles de la Sonde, compte plus de 2,5 millions d'habitants [1983] sur une surface de 5'600 km2 seulement. La principale particularité culturelle de sa population est d'avoir gardé une religion de type hindouiste. Ce fait religieux, unique dans l'archipel, a toujours eu une influence directe sur la production textile car de nombreuses prescriptions vestimentaires sont liées aux cérémonies familiales ou aux fêtes de temples et de villages.

Une partie importante de la vie culturelle est centrée autour des familles princières qui organisent encore de somptueuses cérémonies où l'on peut voir de nombreux tissus décorés à l'aide de la technique perada (application à la feuille d'or). De par son coût, ce type de tissu est réservé aux gens de hautes castes, aux danseurs et danseuses ou aux pièces d'apparat des temples et des palais. Cette remarque est aussi valable pour les tissus en soie, travaillés à l'aide de différentes techniques: le songket, l'ikat de trame ou le pelangi, parfois combinées.

La plus belle pièce du vêtement masculin est le saput, que l'on porte autour des reins, par-dessus un sarong. Les motifs sont souvent inspirés par la mythologie hindouiste, le style wayang en est le meilleur exemple. Il serait toutefois injuste d'oublier la production villageoise: ses pièces de coton sont plus sobres, mais elles jouent un rôle déterminant dans l'impression de beauté que dégagent les foules balinaises lors des cérémonies où l'habit adat est de rigueur. Une mention particulière doit être faite à propos des textiles provenant de la petite île de Nusa Penida, car il s'agit d'ikat de trame sur coton, un procédé en voie de disparition. Ces petites pièces rectangulaires, dont les motifs sont inspirés des patola, ont une grande valeur rituelle pour l'ensemble des Balinais et sont utilisées, par exemple, lors des audiences accordées par les princes.

Depuis quelques années, l'évolution des goûts vestimentaires des Balinais tend vers une utilisation massive de la production textile semi-industrielle et l'usage des métiers à tisser familiaux décroît de façon sensible. Cette tendance à l'uniformisation est heureusement freinée par les obligations rituelles, toujours très vivaces.

De tous les villages, Tenganan, situé dans la partie orientale de l'île, est certainement le plus traditionaliste. Il s'agit d'une communauté religieuse dont les membres se consacrent uniquement, et cela sans interruption depuis plusieurs siècles, à l'accomplissement de rites particulièrement complexes où les textiles jouent un grand rôle. La production locale couvre presque entièrement les besoins en habits rituels, dont les célèbres geringsing fabriqués selon la difficile technique du double ikat. Ces textiles sacrés, qui demandent de cinq à huit ans pour être achevés, protègent celui qui les porte ou les possède, de la maladie, de la magie noire ou de toute autre influence néfaste. A Tenganan, ils accompagnent la vie des habitants, de leur enfance à leur mort. Portés en écharpe par les hommes, comme châle ou comme couvre-poitrine par les femmes, ou indifféremment par les deux sexes sur les hanches, ils peuvent aussi être présents sous forme d'offrande. Leur renommée est telle qu'à l'extérieur de Tenganan, ils sont utilisés lors des crémations ou des limages de dents ainsi que pour envelopper les autels divins. Malheureusement, la production actuelle est souvent d'une qualité inférieure, surtout en ce qui concerne la coloration; l'âge d'or des geringsing semble appartenir au passé mais les pièces, sommet de l'art textile, que l'on peut admirer dans la plupart des grands musées, sont là pour témoigner du degré de perfection atteint par les tisserandes de ce petit village isolé.

GEORGES BREGUET / JACQUES MARTIN ©

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