L'art du voyage

                                         Finalisé au retour ce texte dit comment NOUS avons vécu CE voyage.

 

L'art du voyage? Allons-nous prétentieusement essayer de pondre quelques dizaines ou centaines de pages à l'image de l'œuvre des grands voyageurs Pierre Loti, Alexandra David-Néel, Jack London, Ernest Hemingway, André Malraux ou encore Jack Kerouac ? Ou des Suissesses et Suisses, Anne Marie Schwarzenbach, Ella Maillart, Blaise Cendrars ou Nicolas Bouvier ? Non, bien sûr !

 

  • Non et non ! Nous n'en avons ni le talent ni le vécu. Ils étaient, les uns et les autres, des voyageurs sinon de la première heure (de quand date-t-elle d'ailleurs cette première heure? du temps d'Ulysse?), du moins assez précoces dans leur mode de fonctionnement et la découverte de régions difficiles d'accès. Nous ne l'avons jamais été, malgré des parcours lointains et parfois aventureux.

    Seule Odile peut se targuer d'une virée vraiment hors de l'ordinaire, lorsqu'en 1979 pour une dizaine de jours, elle s'aventura (le terme n'est pas trop fort) à Siberut une petite île au large des côtes de Sumatra occidental où elle resta en compagnie de populations dites primitives, mais de haute culture. Tout le reste, beaucoup d'autres voyageurs l'ont parcouru avant nous et après nous.

    Nous avons eu la chance de pouvoir voyager et aussi d'être souvent presque à pied d'œuvre pour découvrir des coins quelque peu reculés de la planète: aux chutes de Kinguélé, au Gabon, en 1969; à M'hamid au Sud du Maroc, en 1970; au Népal au début des années 70; à Rodrigues en 1975 et 76; au cœur de Bornéo, à Flores, Timor ou encore Roti (en Indonésie) dans la deuxième moitié de ces mêmes années; au pied d'un volcan en éruption proche du grand Nyiragongo dans la Chaîne des Virunga (RDC) en 1988; chez les Pygmées du Mont Hoyo, dans la forêt d'Ituri (RDC) à la même époque.

 

Mais tout ça, c'est ne pas du voyage ! Alors que les 4 mois que nous venons de passer à parcourir, avec notre petit bagage, l'Asie de l'Est de Beijing à Bali, malgré le confort des étapes et les avantages offerts par les moyens modernes de communication, ça c'était dans l'esprit du voyage. Rien de vraiment organisé, une certaine souplesse dans le passage d'une étape à l'autre, le déplacement léger en toute simplicité d'habillement et de matériel (si l'on excepte un petit appareil de photo, ses accessoires et un câble pour mettre des clichés sur notre site lors de passages dans des café Internet). Et quelques médicaments au cas où… . Enfin, outre les guides et cartes, chacun avait toujours un livre en cours pour les moments d'attente. Et c'est tout. Nous sommes partis avec un total de 15 kg chacun et rentré avec bien moins encore.

Le résultat: une découverte relativement lente, très partielle bien sûr, de régions que nous ne connaissions pas; des contacts bien plus humains avec les gens côtoyés et rencontrés; le temps… le temps de voir tranquillement certains sites, de retourner voir ce que nous avions aimé avant hier; une ambiance agréable entre nous deux (avec alternance quotidienne de la responsabilité de l'organisation de la journée); une impression de qualité du voyage de tous les instants face au stress 'quantitatif' vécu par la plupart de ceux que nous avons vus parcourir des villes et des sites au galop.

Il ne fait pas de doute que le temps à disposition a contribué à ce type de voyage. D'aucun penseront les moyens aussi. Oui et non: en 2010 la Chine et le sud-est asiatique, pour quelqu'un qui sait voyager, ça ne coûtait pas cher, même dans des conditions relativement confortables.

L'art du voyage: la rencontre, la marche à pied, les déplacements à vélo, les bus bondés, se mettre à l'abri de l'orage sous un auvent avec la population locale, les malentendus qui tournent à la rigolade, pousser le moulin à prière avec les pèlerins, demander son chemin à des policiers qui se mettront en quatre, à quatre, à Canton pour nous indiquer la bonne direction. Se casser une dent et trouver un dentiste. Aller chez le coiffeur local. Visiter un Internet Café musulman au cœur de Xi'an. Manger des criquets. Négocier son billet d'entrée 'pour senior' avec une caissière qui visiblement trouve que les étrangers pourraient payer plein pot.   Accompagner, en toute connaissance de cause, un groupe chinois en minibus, avec guide chinois-chinois; et finir par se faire embarquer dans une visite d'usine de couteaux de cuisine avec ventes à la clef. Grimper au bâtiment le plus haut placé d'un monastère, là ou ne vont jamais les touristes, et réveiller le gardien d'un petit musée que personne ne visite jamais.

Certains 'heureux' hasard: arriver le lendemain de la réouverture de l'aéroport dans une région touristique sinistrée et se trouver quasiment seuls à visiter le Borobudur sous les cendres du Mérapi. Et puis retrouver des amis dans certains pays lointains où nous avions vécu… le voyage c'est aussi aller vers l'autre connu, par désir de se revoir, même si le passage du temps offre un petit choc réciproque.

Retrouver également, à 7 ans de distance, le même guide pour, encore, nous faire mieux comprendre Angkor et ses merveilles. Et envie que cela se reproduise... encore !

 

Octobre 2011

 


Post scriptum : cela s'est reproduit, puisque en janvier 2012 nous avons parcouru le Laos à petite vitesse et en février 2012 visité une fois encore ce Cambodge que nous aimons bien.

 

Voir notre blogue 2012.